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Microassurance

A l'instar de la microfinance, le terme « microassurance » désigne l'adaptation de services d'assurance à des clients, essentiellement à faibles revenus, n'ayant pas accès à des services d'assurance classique. Ce terme recouvre en réalité des types de services extrêmement variés : assurance vie, santé, invalidité, élevage, assurance sur les récoltes, assurance mobilière et immobilière…

Enjeux pour les IMF

La microassurance au sens large est parfois présentée comme un « nouveau produit financier » potentiel pour des institutions de microfinance (IMF). A priori, une diversification vers des produits complémentaires d'assurance peut être séduisant pour une institution de microfinance. Les IMF les plus « matures » sont de plus en plus conscientes de la nécessité d'une diversification de leurs produits pour fidéliser leur clientèle ; elles constatent en parallèle l'impact des décès ou des problèmes de santé sur le remboursement des crédits et le budget de leurs clients. Du point de vue des IMF, une assurance peut être un moyen de limiter le risque sur l'activité de crédit, et de plus en plus d'institutions semblent aujourd'hui tentées par une diversification dans le domaine de l'assurance. Il existe de fait quelques exemples connus d'IMF ayant développé des services d'assurance (SEWA en Inde, BRAC au Bangladesh…).

Crédit, épargne et assurance : une même logique, pour les familles

Il existe une logique de complémentarité entre les services financiers offerts par les IMF et la microassurance. Pour une famille à faibles revenus, le micro-crédit permet en effet de maintenir ou développer des activités ; l'épargne permet une stratégie de prévoyance face aux dépenses futures, prévues ou non. Cependant, une situation de crise importante, imposant des dépenses bien au-delà de l'épargne accumulée, peut avoir un impact décisif sur cette même famille – l'obliger à se surendetter, vendre une partie de l'outil productif – compromettant parfois plusieurs années d'accumulation liée au crédit.

Dans ce cas, les mécanismes informels de recours à la famille ou aux proches, de même que l'épargne familiale, s'avèrent souvent inadéquats ou insuffisants.

Un service d'assurance, permettant de faire face à cette crise, peut donc être un outil complémentaire cohérent.

L'assurance, produit complémentaire de gestion du risque

Pour une IMF, il est important de déterminer quel est le service financier le plus adapté pour protéger du risque ses clients. Outre l'assurance, deux produits peuvent être des moyens efficaces de gestion du risque : l'épargne et les prêts d'urgence.

En assurance, on préfère au terme de « risque » celui de « sinistre ». La pertinence d'un produit complémentaire d'assurance dépend de deux facteurs : l'importance du sinistre et la probabilité du sinistre. Si le préjudice potentiel (ex : perte d'argent pour une famille) est très important, mais sa probabilité faible, l'assurance est sans doute une réponse adéquate. Mais si au contraire, le préjudice est faible, alors l'épargne ou le prêt d'urgence peuvent être davantage adaptés (Brown et Churchill, 1999). Il n'est donc pas toujours utile, ni nécessaire pour l'IMF, de développer de produits d'assurance en complément de ses services d'épargne et de crédit.

Pour comprendre

On définit en général un produit d'assurance à l'aide de quatre éléments (BIT, 2004) :

  1. L'événement assuré : l'événement déclencheur (par exemple, le décès de l'assuré) qui provoque le paiement par l'assureur d'une indemnité.
  2. Le montant de la prestation : c'est l'indemnité que l'assureur peut payer à l'assuré lorsque se produit l'événement assuré (exemple : une somme forfaitaire, ou le solde d'un prêt).
  3. Le bénéficiaire : la personne à qui est payée l'indemnité si l'événement assuré intervient.
  4. La durée de la couverture : la période pendant laquelle l'événement assuré doit intervenir pour donner droit au paiement de l'indemnité.

Il existe de nombreux produits d'assurance possibles ; sans les répertorier tous, on distingue en général trois grandes catégories :

  • Les produits d'assurance patrimoniaux (portant sur des biens) pour lesquels les risques de fraude, renforcés par le caractère informel de l'environnement, sont difficiles à gérer. Dans ce type de contrat, si le risque ne se réalise pas, les assurés n'ont rien en retour (si ce n'est l'assurance d'être protégés). Ils sont donc moins populaires auprès des clients plus démunis, qui ont souvent des priorités plus immédiates dans l'allocation de leurs ressources.

  • L'assurance santé est un produit complexe. Elle couvre une grande variété de risques qui peuvent se renouveler. Elle s'appuie sur l'intervention de fournisseurs externes de soins de santé, ce qui complique énormément la mise en place. Les risques de fraudes (faux sinistres, surfacturation) sont également importants, et exigent des systèmes de prévention souvent sophistiqués. Enfin, il faut arriver à atteindre très rapidement une taille critique pour mutualiser les risques à une échelle suffisante. Malgré ces difficultés, des expériences intéressantes existent, notamment en Afrique (mutuelles de santé).

  • Le produit phare de la microassurance reste aujourd'hui l'assurance vie. Son caractère hybride entre produit d'assurance et produit d'épargne est particulièrement bien adapté au contexte de la microfinance. Beaucoup d'IMF ont également mis en place des produits d'assurance-vie très simplifiés, qui par exemple permettent le remboursement du prêt en cours en cas de décès de l'emprunteur.

Risques / recommandations

  • Des compétences et des moyens spécifiques

    Il existe des compétences techniques spécifiques au métier de l'assurance :

    • Définition de tarifs réalistes : quel est le montant que doit payer l'assuré (la « prime ») ? A quelles prestations cela donne-t-il droit ? Le produit sera-t-il in fine rentable ?

    • Anticipation des coûts administratifs et des indemnisations ;

    • Critères d'admissibilité des assurés (par exemple, assure-t-on des individus, ou des familles entières ?) ;

    • Prévention des fraudes ;

    • Vérification des demandes d'indemnisation.

    Par ailleurs, les services d'assurance sont pour les ménages pauvres beaucoup moins attractifs que des services financiers, crédit en particulier. Il faut un minimum d'effet de 'démonstration', et des techniques 'marketing' spécifiques, pour convaincre les assurés potentiels – ce qui peut être assez décourageant pour des agents de crédit formés exclusivement à la microfinance. D'autant qu'en général, il n'existe pas de formation locale adaptée permettant de maîtriser ces aspects techniques.

    De plus, l'activité d'assurance exige la constitution de réserves complémentaires, pour préserver l'assureur de demandes d'indemnisation anormalement élevées ; or les IMF ont des réserves limitées. Il est également rare que des possibilités de réassurance soient ouvertes à ce stade aux IMF, peu connues des rares assureurs de la place (qui n'excluent cependant pas de s'intéresser à ce marché à terme).

    Une autre difficulté est que la gestion de la trésorerie et des placements réalisés après collecte des primes est essentielle en assurance ; or si les IMF ont besoin de capitaux, en revanche les crédits ne sont pas des investissements suffisamment liquides en cas de sinistres massifs pour la compagnie d'assurance.

  • Les conditions préalables à vérifier, pour une IMF

    Lorsqu'une IMF envisage de proposer un produit d'assurance, il lui est tout d'abord nécessaire d'analyser attentivement les aspects suivants :

    • Un environnement réglementaire favorable : il est nécessaire d'étudier les dispositions réglementaires qui peuvent influencer l'activité de microassurance (dans un certain nombre de pays, il n'est tout simplement pas possible pour les IMF de proposer des produits d'assurance).

    • Des capacités institutionnelles suffisantes : l'IMF a-t-elle les capacités de proposer des produits de microassurance ? Il s'agit pour l'IMF d'évaluer correctement sa capacité à s'engager dans un secteur nouveau, ce qui touche à de nombreux domaines : la vente de produits d'assurance répond-elle à la mission de l'IMF ? La rentabilité de l'institution est-elle suffisante pour permettre cet investissement ? Les ressources humaines et les outils internes (système d'information, contrôle) sont-ils adéquats ? Les capacités marketing sont-elles développées ?

    • Une compréhension claire de la demande : même si ce point est toujours difficile à estimer, il est important pour l'IMF de chercher à vérifier 1) que l'assurance, parmi les produits possibles de gestion du risque, est le plus adapté ; 2) qu'il existe une vraie demande pour le produit d'assurance.

    • Une compréhension des concurrents et partenaires potentiels : existe-t-il des partenaires potentiels (compagnies d'assurance par exemple) susceptibles d'apporter une expertise à l'IMF ? Le type de service envisagé est-il déjà proposé par d'autres et si oui, à quelles conditions ? Peut-on tirer des leçons d'autres expériences ciblant les personnes à faible revenu ?

    De manière générale, une fois ces conditions préalables analysées, il est recommandé pour les IMF souhaitant se lancer en microassurance de se limiter à des produits d'assurance simples : assurance vie et assurance invalidité. L'assurance santé est probablement l'un des champs les plus difficiles à maîtriser, et il est déconseillé aux IMF de se lancer dans la vente de ces produits.

  • Externaliser l'activité d'assurance, une solution pour les IMF

    On l'a vu, la gestion d'un produit d'assurance exige des compétences et moyens spécifiques, qui représentent un investissement important pour une IMF. L' « externalisation » consiste à confier à une compagnie d'assurance la gestion de l'activité d'assurance, l'IMF assurant généralement la distribution du produit.

    Lorsqu'une externalisation fonctionne bien, cette formule peut présenter de réels avantages (BIT, 2004) :

    • L'intérêt pour l'IMF est de pouvoir se concentrer sur ses activités de base, tout en diversifiant ses produits ; le coût d'investissement sur ce nouveau produit est défini clairement ; le lancement du produit peut également être plus rapide.

    • Pour le client, les produits conçus par des professionnels de l'assurance peuvent être plus intéressants et moins chers que ceux développés par les IMF (Brown et Churchill 2000).

    • Pour la compagnie d'assurance, l'intérêt est de se positionner sur une clientèle qui ne serait pas directement atteignable, grâce au rôle de l'IMF ; d'autres avantages peuvent être induits (améliorer son image).

    A l'inverse, il est possible d'argumenter sur les risques de l'externalisation, l'IMF ayant de fait une capacité de contrôle réduite de l'activité : les promesses faites par l'IMF ne sont pas toujours tenues par son partenaire (exemple de SEWA ; BIT 2004). L'impact sur la relation entre l'IMF et sa clientèle peut donc être négatif. Par ailleurs, l'externalisation a un coût : et lorsque l'intérêt stratégique n'est pas évident pour le partenaire, ce coût peut être élevé.

    Enfin, il n'est pas forcément évident pour une IMF de trouver un partenaire qui soit à la fois intéressé à cibler cette clientèle (notamment lorsque le marché de l'assurance est encore vaste et la concurrence faible), et qui présente les garanties de sérieux nécessaires ; ni d'établir, sur la durée, de véritables relations de confiance avec ce partenaire. Tout dépend donc du contexte et de la capacité de monter un tel partenariat ; et bien sûr de la complexité des produits d'assurance envisagés.

Exemples

L'assurance sécheresse : un produit innovant de l'IMF BASIX, en Inde

En Inde, le secteur de la microfinance représente aujourd'hui plus de dix millions de personnes, dont 77 % en zone rural. En combinant le mouvement de libéralisation engagé dans le secteur de l'assurance et un nombre important d'IMF intervenant auprès des ménages pauvres, l'Inde dispose désormais d'une base propice à l'innovation en terme de microassurance. Un autre élément renforçant le dynamisme de ce secteur tient à la relation particulière établie entre compagnies d'assurance et organisations de la société civile. L'Indian Regulatory and Development Authoriy (IRDA) exige de la part des compagnies d'assurances de réaliser 15 % de leurs transactions en zones rurales, et ainsi à collaborer avec les IMF. Il existe donc en Inde de nombreuses coopérations entre IMF et compagnies d'assurances pour répondre à la demande en microassurance.

Par ailleurs, de nombreuses études établissent un lien entre les fatalités météorologiques et l'aggravation des conditions de vie des foyers ruraux dépendant essentiellement de revenus liés à l'agriculture. Selon ces études, suite à une catastrophe climatique (sécheresse, inondations, cyclones, etc.), les investissements sont réduits, la main d'œuvre salariée sans emploi, les enfants sont retirés de l'école, le niveau d'endettement et d'asservissement s'aggrave, etc. (Hess, Richter et Stoppa, 2002). Face aux risques météorologiques, le gouvernement indien a introduit depuis maintenant une vingtaine d'années le National Agricultural Insurance Scheme (NAIS) visant à offrir des produits d'assurance contre la sécheresse aux petits agriculteurs. Mais ce service est loin de faire l'unanimité et de nombreuses voix s'élèvent contre lui (Parchure, 2002). Ses performances ont été jugées mauvaises tant au niveau économique que social. Entre 1985 et 1999, 4 milliards de roupies de prime d'assurance (72 millions d'euros) ont été collectées alors que 23 milliards d'indemnités (412 millions d'euros) ont été versées soit un rapport de 1 à 5,72. De plus, de fortes inégalités régionales marquent le versement des indemnités. Alors que l'Etat du Gujarat ne représente que 16 % de l'ensemble des polices d'assurances collectées, ce même Etat a reçu 58 % de l'ensemble des indemnités distribuées (Hess 2003).

Basix, une IMF indienne, a été l'une des organisations qui a relayé les critiques des agriculteurs. Les problèmes soulevés tenaient à l'existence de malversations dans la récolte des données ou des indemnités jamais versées, elles reflétaient un mécontentement général. Différents acteurs se sont réunis pour travailler ensemble à l'élaboration d'un nouveau produit : des ONG porteuses d'un message des populations qu'elles appuient, des compagnies d'assurances cherchant à diversifier leur clientèle et à répondre aux incitations édictées par le gouvernement, la Banque Mondiale travaillant sur des innovations pour réduire les risques des familles rurales et les IMF et les banques à la recherche de partenaires fiables.

Basix : le prestataire du service innovant

Basix a été l'une des premières Non Banking Finance Company (NBFC) indiennes à mener des activités de microfinance de manière professionnelle. Créée en 1996, Basix intervient dans sept Etats indiens, essentiellement au sud de l'Inde. De taille modeste en comparaison avec les très grandes IMFs de l'Inde ou du Bengladesh, elle couvre néanmoins de façon directe quelques 150 000 clients pour environ 1 200 salariés (http://www.basixindia.com/). Cette IMF ne propose pas seulement des services d'épargne ou de crédit mais poursuit également des activités de formations, de développement (électrification, vulgarisation) et d'appui aux ONG « généralistes » dans ces différents domaines.

Depuis 2003, en tant qu'intermédiaire, Basix propose des services de microassurance à ses clients. Plus de 60 000 polices d'assurance ont été vendues à ce jour. Les compagnies d'assurance avec lesquelles travaille cette IMF sont de grandes compagnies du secteur privé. Les principaux services disponibles sont des assurances vie en partenariat avec AVIVA Life Insurance, des assurances bétail avec la Royal Sundaram Alliance General Insurance Company Ltd. et récemment la mise en place d'un programme pilote pour une assurance sécheresse avec la Banque Mondiale et la ICICI Lombard. Répondant au schéma de l'agent intermédiaire, Basix met à la disposition des compagnies d'assurance sa structure administrative de distribution des produits.

Le service : de l'assurance sécheresse à l'assurance du capital productif

Avec le support de la Banque Mondiale, la ICICI Bank Lombard a élaboré un service innovant dans la gestion des risques météorologiques. Ce service est présenté comme une assurance sécheresse couvrant certaines cultures sur une période de 4 mois correspondant à la saison des pluies. Ce service a été testé lors de la saison 2003 auprès de 60 agriculteurs sur le seul district de Mahabubnagar. Dans ce district de l'Andhra Pradesh (centre sud de l'Inde), des milliers de familles migrent chaque année en milieu urbain afin de compléter le budget du ménage auquel les revenus des productions agricoles ne suffisent pas. Les précipitations moyennes pour ce district sont de 604 mm par an (438 en 1999 ; 658 en 2000 ; 754 en 2001). De plus, les précipitations se concentrent durant la mousson des mois d'octobre et novembre où l'on enregistre 489 mm en moyenne, soit 81 % des précipitations de l'année.

Le principe suivi lors de la première année a été de baser le paiement de l'indemnité « sécheresse » en fonction du déficit pluviométrique sur l'ensemble de la saison. Par exemple, le minimum de pluie nécessaire à la culture d'arachide était estimé à 653 mm. Pour le paiement d'une police à 450 roupies (8 €), la première indemnisation de l'assurance intervenait à 15 % de déficit pluviométrique (555 mm) pour un montant de 200 roupies (3,6 €). Pour une prime de 900 roupies, l'indemnisation était de 300 roupies. A 50 % de déficit hydrique ce montant était respectivement de 2 275 (40 €) et de 4 975 roupies (89 €). Le plafond était atteint à 100 % de déficit c'est-à-dire 0 mm ; ce qui n'arrive jamais.

Suite à des discussions avec les agriculteurs, des techniciens, des chercheurs de l'Icrisat début 2004, le système a été très largement modifié. Plusieurs doléances ont été émises par les agriculteurs. En premier lieu, ils ont mis en évidence que la pluviométrie totale pouvait être normale avec un déficit de pluie au semis par exemple et un excès de pluie plus tard, (à la maturité). Dans un tel cas, les effets peuvent être catastrophiques pour les cultures alors que le total des pluies est considéré comme « normal ». Deuxièmement, ils pointaient du doigt le fait qu'un maximum d'indemnisation établi pour une pluviométrie de 0 mm n'ait pas de sens puisque cela n'arrive jamais. Une autre partie des revendications a porté sur les relevés pluviométriques et demandaient à avoir des données au niveau du mandal (équivalent du canton) plutôt qu'au seul niveau du district (équivalent du département). Enfin, le système leur paraissait globalement trop complexe, il leur était difficile de vérifier par eux-mêmes le mode de calcul.

Tenant compte de ces remarques, l'objectif a été de faire coller le système à la réalité en prenant en compte le cycle de culture et de déconnecter l'indemnisation du montant de la prime d'assurance. En effet, les agriculteurs comprenaient mal que soit établies des indemnisations différentes en fonction du montant de prime versée.

Aussi, en 2004, un nouveau dispositif a été testé auprès de 232 exploitants (dont 30 des 60 premiers clients), sur environ 100 ha dans les 3 districts correspondant à l'espace d'intervention de la Krishna Bhima Samruddhi Local Area Bank Limited (BKS LAB Ltd.), l'une des filiales du groupe Basix.

Les modalités : Les agriculteurs payent une police d'assurance dont le montant est fixé par type de culture (arachide ou ricin) et proportionnel à la surface assurée. Le montant de la prime d'assurance pour une acre (4 047 m²) s'élève à 200 roupies (3,6 €) pour l'arachide et 250 pour le Ricin. Ensuite, un index est fixé selon les périodes du calendrier de culture. Si les précipitations sont inférieures à cet index, l'assuré reçoit une indemnité qui varie selon le niveau de précipitation enregistré, une indemnisation maximum est fixée pour chaque période.

Par exemple pour l'arachide : Minimum de pluie déclenchant l'indemnisation :

  • du 10 juin au 14 juillet : 70 mm
  • du 15 juillet au 28 août : 110 mm
  • du 29 août au 2 octobre : 75 mm
Le montant indemnisé est de : 15 roupies par mm de pluie manquant entre du 10 juin au 14 juillet, puis 10 roupies puis 5 roupies pour les périodes suivantes.

Les indemnisations maximales pour chacune des périodes sont de 1 500, 2 000 et 2 500 roupies.

A la demande des agriculteurs, les relevés sont désormais effectués au niveau du mandal qui est une échelle administrative regroupant plusieurs villages. Ces relevés sont effectués dans des stations météo officielles. L'un des éléments ayant permis l'élaboration de ce service tient à l'existence de relevés météorologiques depuis 25 ans à 40 ans suivant les régions, permettant aux compagnies d'assurance d'effectuer des simulations pour le calcul de rentabilité de leur produit.

En 2005 le même système sera repris avec quelques aménagements comme l'intégration de la notion de pluie minimum (ne seront comptabilisées dans les cumuls que les pluies supérieures à 5 mm). L'objectif négocié en 2005 entre Basix et la ICICI Lombard est de placer 10 000 polices d'assurances. Elles ne sont plus obligatoirement liées à un prêt. Les agriculteurs n'ayant pas suscrit de prêt à la banque KBS LAB peuvent néanmoins bénéficier de l'assurance. Cette année, le projet devrait couvrir l'ensemble des zones d'interventions des différentes agences du groupe Basix, soit 7 Etats indiens.

Les résultats de la campagne 2004 et les perspectives

Les simulations sur 25 ans établies par la compagnie d'assurance ne sont malheureusement pas disponibles. A priori la probabilité pour qu'un agriculteur puisse bénéficier d'une indemnisation maximale paraît très faible. Il faudrait que le déficit hydrique se produise sur les trois périodes.

A l'issue de la campagne 2004, le service était déficitaire et les agriculteurs ayant souscrit une assurance avaient tous été indemnisés au-delà de leur cotisation. La somme totale récoltée par l'assurance s'élevait à 88 000 roupies (1 570 € ou 1 million de FCFA) alors que le montant des indemnités atteignait 448 000 roupies (8 000 € ou 5,3 millions de FCFA), soit un rapport de 1 à 5.

Un des éléments contribuant à la satisfaction des agriculteurs est la rapidité du versement des indemnités à la fin de chaque période (au plus tard un mois après la fin de la période). Ceci, s'ajoutant à une relative facilitée de lecture du fonctionnement du service, a concouru à la participation des agriculteurs à son utilisation et à son amélioration.

L'objectif de BASIX n'est pas de prendre en charge les risques à la place des agriculteurs, mais de les aider à gérer ces risques. Aussi, le montant des indemnités ne couvre pas les pertes de production mais l'investissement productif constitué par les semences, fertilisants et pesticides. L'objectif n'est pas d'assurer un revenu (ce serait bien trop coûteux) mais d'éviter à l'exploitant de perdre ce qu'il a investit et notamment de lui permettre de rembourser les emprunts contractés pour effectuer cet investissement. L'une des idées avancées par la philosophie Basix est d'allier les services pour la promotion de l'activité (Livelihood promotion) avec des services assurant sa protection (livelihood protection). En se focalisant sur le déficit de précipitation qui pénalise les agriculteurs, Basix intervient sur un risque sur lequel les agriculteurs ont peu de prise.

En synthèse…

Avec l'arrivée sur le marché microfinancier de grandes compagnies d'assurances utilisant les IMF comme support de distribution, la gestion des risques liés aux aléas climatiques pour les petits exploitants devient possible. Les agriculteurs des zones sèches peuvent utiliser ces services comme parade face à un élément sur lequel ils n'avaient pas de prises et donc atténuer un risque majeur de déséquilibre de l'exploitation agricole.

Le service proposé par BASIX présente de vrais atouts : il garantit au paysan de conserver son investissement. Il n'assure pas une production mais un capital productif. Rassuré face au risque de perte de son investissement, l'agriculteur peut être plus enclin à développer ses activités. Ces investissements pourraient prendre la forme de la mise en culture de plus de terres avec des productions nécessitant un investissement de départ (l'arachide par exemple à la place du mil ou du sorgho pour lesquels l'investissement, notamment financier, est quasi nul). Développer davantage ces services nécessite toutefois des compagnies d'assurance solides, capables d'encaisser ce type de risque co-variant et pouvant intervenir plusieurs années de suite tout en diversifiant leur approche afin d'offrir un large éventail de services.

D'autre part, le développement de ce service n'est pas toujours aisé : la mauvaise expérience de l'assurance mise en place par le gouvernement et des malversations qui l'ont accompagné peut véhiculer une mauvaise image (d'assurance « vache à lait »), et la promotion de l'assurance en zone rurale est plus difficile que celle de l'épargne ou du crédit.

Ce type de service doit donc être expérimenté à petite échelle. Généraliser ce programme, surtout si les méthodes de commercialisation tiennent peu compte du contexte où s'établit le produit, peut conduire à créer des comportements de résistance au concept d'assurance.

Source : Fouillet C., BIM du 24/5/05



Trois exemples de microassurance santé au Bangladesh

Le Bangladesh est connu pour son dynamisme dans le domaine de la microfinance, et la multiplicité des expériences reconnues dans ce domaine. C'est un pays où les indicateurs de portée des IMF sont impressionnants, en raison notamment d'une forte densité et d'une mobilisation sociale forte : la Grameen Bank, à elle seule, couvre plus de deux millions de personnes.

Les différents domaines du développement (microfinance comme santé) se caractérisent par la présence d'un tissu impressionnant d'ONG de tous types, avec une tutelle de l'Etat assez faible. Le secteur de la santé, en particulier, est essentiellement organisé par les ONG, relais des grands programmes d'Etat et initiatrices d'une offre de soins de proximité. L'objectif central évoqué en général dans ces programmes est la lutte contre la pauvreté, et le ciblage des plus pauvres est une préoccupation affichée de la plupart des ONG.

  1. BRAC : un programme de microassurance distinct de la microfinance, adossé à une offre de soins intégrée

    Il s'agit de l'ONG la plus ancienne dans le pays (création en 72). BRAC est une ONG de taille impressionnante, qui emploie à elle seule 27 000 salariés et couvre une échelle nationale, dans trois grands domaines : développement économique (microfinance notamment), santé et éducation.

    L'approche de BRAC repose sur une stratégie de ciblage des groupes pauvres et sur une approche intégrée du développement. Se définissant comme une « organisation de développement privée », BRAC est à la fois opérateur privé et partenaire du gouvernement sur de grands programmes nationaux, de santé notamment.

    L'engagement de BRAC dans la santé date de 1980. Quatre types de programmes sont actuellement menés en parallèle : promotion des soins de santé de base, offre de soins de santé secondaires, participation aux programmes nationaux (ex. contrôle de la tuberculose), et quelques programmes pilotes, dont le programme de microassurance santé.

    Le programme de microassurance MHIB (Micro Health Insurance Bengladesh) a été lancé en 2001, sur la base d'expériences communautaires mises en place par BRAC à la fin des années 70. En juin 2003, le MHIB comptait 6 209 assurés.

    L'assurance est ouverte à tous (et non aux seuls clients de microfinance).

    Le niveau des primes est établi en fonction de la catégorie socio-économique des familles. Trois garanties sont proposées :

    1. couverture générale (essentiellement consultation de médecine générale avec co-paiement, check up gratuit, réductions sur les analyses et médicaments),
    2. prise en charge des femmes enceintes (suivi anténatal, vaccinations, accouchements à prix réduits, prise en charge des grossesses compliquées et visites post-natales),
    3. « Equity package » pour la prise en charge des plus pauvres (financée par un fonds spé-cial).

    Plusieurs points apparaissent aujourd'hui :

    • une difficulté à vraiment couvrir les plus pauvres par l'assurance,
    • l'utilité d un réseau social pré-établi pour encourager l'affiliation,
    • des résultats inégaux suivants les garanties : faible taux d'affiliation et de réadhésion pour la garantie standard, succès des produits ciblant les femmes enceintes.

  2. Grameen Kalyan : l'assurance à l'appui du financement de l'offre de soins

    La Grameen Bank compte aujourd'hui plus de deux millions de clients. Grameen a développé en parallèle de nombreuses activités dans d'autres domaines (téléphonie mobile notamment). Le programme de santé de Grameen Kalyan a été développé par Grameen Trust depuis 1997. GK a depuis mis en place 19 centres de santé primaires en milieu rural ; l'objectif était de proposer un accès aux soins adapté et viable pour les salariés et les clients de la Grameen. Les services de ces centres de santé sont d'un coût abordable pour les familles pauvres.

    Grameen a développé conjointement à ces services une assurance de santé, pour faciliter l'accès aux soins et sensibiliser les populations. Les objectifs de ce programme sont à la fois d'augmenter la participation aux services de santé, et de davantage financer les centres de santé Grameen.

    Le programme de microassurance est ouvert aux non membres également, pour une cotisation un peu supérieure. L'adhésion est volontaire et familiale, et donne accès aux consultations médicales dans les centres de santé (avec co-paiement), avec bilan de santé et vaccinations, et donne droit à des réductions sur les médicaments et analyses.

    Le système de microassurance compterait 47 600 ménages en février 2003, soit 261 800 personnes, et connaîtrait une croissance rapide.

  3. DSK : une assurance santé obligatoire, intégrée au microcrédit

    DSK (Dushta Shasthya Kendra) est une ONG créée en 1989, active dans les quartiers urbains pauvres. Ses activités couvrent divers secteurs : santé, microfinance, éducation…, dans une approche de développement intégré.

    L'offre de soins de santé, la microfinance et l'assurance sont trois activités étroitement reliées :

    • DSK a mis en place un réseau d'offre de soins primaires dans les bidonvilles de Dhaka, moyennant une très faible contribution financière : des « community health workers » sensibilisent les populations, et des centres de santé offrent des soins de base. Une structure de soins secondaire a été créée en 2000 en complément, à des tarifs abordables pour les pauvres.

    • La microassurance a été lancée en 1995 pour faciliter l'accès aux soins. Initialement il s'agissait d'une assurance volontaire, mais conditionnée par l'octroi d'un crédit. L'organisation de la microassurance était calquée sur celle des crédits, avec un centre de santé rattaché à chaque agence de crédit. La prime d'assurance était réglée chaque semaine, en même temps que les remboursements de crédit. Elle donnait accès aux soins primaires et à des services d'éducation à la santé (planification familiale, prévention…). Ce produit s'est avéré peu viable, sans être suffisamment attractif.

    Un nouveau produit a été lancé en 2002 ; pour le rentabiliser, l'assurance est devenue obligatoire pour les clients du microcrédit : l'assurance sécurise le crédit, et le paiement de la prime devient automatique, intégré dans les remboursements du crédit. L'assurance reste accessible aux non membres, mais à des tarifs plus élevés. Les garanties comprennent les soins de base et la prévention. En juillet 2003, DSK comptait 16 000 clientes (à la fois emprunteuses et assurées, donc).

    L'activité est trop récente pour qu'un bilan puisse être fait véritablement. Il semble que les plus pauvres restent exclus malgré tout de l'accès aux soins. Il serait intéressant de savoir si l'assurance obligatoire est perçue comme un coût supplémentaire du crédit, ou comme ayant véritablement un intérêt en tant que service en soi.

Quelques réflexions issues de ces exemples :

Le réseau social impressionnant dont bénéficient ces ONG du Bangladesh, notamment grâce aux activités de microfinance attractives, facilite manifestement la diffusion de l'assurance. Dans le cas de BRAC comme dans celui de Grameen, où le système d'assurance de santé est ouvert aux clients de microfinance comme aux non clients, la proportion d'assurés par ailleurs emprunteurs reste significative (65 % dans le cas de Grameen). La logistique calée sur le remboursement des crédits est aussi un facteur facilitant le paiement des cotisations.

L'impact de ces programmes de microassurance, malgré les chiffres de couvertures élevés, reste d'une portée limitée dans le contexte du Bangladesh. De fait, l'assurance reste un produit moins attractif que le crédit. Par ailleurs, comme le souligne l'étude, les organisations se montrent prudentes sur la définition des produits d'assurance, mais en contrepartie les garanties proposées aux assurés sont relativement limitées. De ce fait, les services de microassurance ne s'avèrent pas toujours attractifs, comme l'indiquent les taux de réadhésion faibles enregistrés par BRAC, ou la nécessité d'intégrer l'assurance dans le crédit pour toucher une population suffisante, dans le cas de DSK.

Les éléments financiers disponibles ne permettent pas de se faire une idée claire de la viabilité des différents services. Toutefois il semble bien que les services d'assurance soient difficilement rentables, et restent financés par les autres activités des ONG, ce qui soulève quelques craintes pour la pérennisation de ces activités.

Source : Poursat C., BIM du 4 / 5 /2004



Pour en savoir plus

Pour avoir accès à une liste exhaustive de documents en ligne en microassurance, voir le site d'ADA-Luxembourg à la page suivante : http://www.microfinance.lu/ada/internal.php?a=s_l&c_n=293&SID=69584c81346af58ee5050f079235797f

La lettre trimestrielle microassurance

Microassurance est une lettre trimestrielle publiée dans le cadre du groupe de travail sur la microassurance du CGAP pour faciliter l'échange d'information entre les acteurs du secteur. Sur l'ensemble de ces thématiques, cette revue propose en quelques pages des points et des exemples, auxquels contribuent les principaux praticiens.

7 numéros sont parus à ce jour :

Voir le lien : http://www.microfinance.lu/ada/internal.php?a=s_l&c_l=2&c_n=268&SID=26614894395ffa99f9e19a6f8d788ba4



  • Documents de référence généraux : microassurance et IMF



  • Un outil pratique, assez complet, pour les IMF :

    Churchill C.F., Liber D., McCord M.J., Roth J., L'assurance et les institutions de microfinance, Guide technique pour le développement et la prestation de services de microassurance, BIT, 2004. Ce guide peut être téléchargé depuis la page suivante : http://www.microfinance.lu/ada/internal.php?a=s_l&c_n=293&SID=69584c81346af58ee5050f079235797f

    D'autres guides techniques sont également disponibles sur cette page.

  • Pour mieux comprendre les besoins en assurance des ménages :



  • Microassurance santé :



  • Assurance sécheresse :

    Fouillet, C., Assurance sécheresse : entre gestion du risque climatique et investissement dans les exploitations agricoles (
  • Les produits d'épargne volontaire

    Enjeux pour les IMF

    Une demande réelle…
    Pour les clients de la microfinance, même très pauvres, l'accès à des services d'épargne est essentiel ; ce point a été documenté par de nombreuses études.

    L'erreur consiste souvent à retenir une interprétation restrictive de la notion d'épargne : considérer que l'épargne, c'est l'accumulation d'argent en prévision d'une vie confortable après la retraite. En réalité, l'épargne, plus globalement, peut être définie comme « le moyen d'assurer la consommation future en tous temps » : dans cette interprétation plus large, on comprend que tous les ménages, pauvres ou aisés, sont concernés.

    Les familles ont en effet besoin de mettre de l'argent de côté pour se sécuriser face à des risques (mauvaise récolte, problème de santé, décès, catastrophe naturelle…) et pour anticiper des dépenses importantes (mariages). Si l'épargne constituée est suffisante, elle permettra à la famille de dépasser une utilisation simple de « filet de sécurité » et d'améliorer son bien-être ou sa situation économique à plus long terme : en investissant sur de nouvelles activités, en scolarisant les enfants, en achetant des terres, etc.

    Stuart Rutherford (voir « pour en savoir plus ») dans une approche innovante des comportements financiers, explique en quoi crédit et épargne relèvent de la même logique financière et qu'il convient de proposer simultanément ces deux types de services aux clients des IMF.

    Les pauvres ont besoin d'épargner, car quels que soient le montant et la régularité de leurs revenus, ils sont souvent confrontés à des besoins élevés d'argent par rapport à leurs ressources immédiatement disponibles (notamment pour faire face à des évènements cycliques, aux imprévus et aux opportunités d'investissement ou d'acquisition). Le seul moyen pour eux de réunir ces sommes est de les constituer d'une manière ou d'une autre à partir de leur épargne soit par la vente ou l'hypothèque d'actifs, soit par la conversion de petits montants d'épargne en " grosses sommes d'argent ".

    Dans ce dernier cas, deux grands types de " conversion " sont possibles.

    • L'épargne a priori ou " épargne classique " : c'est le moyen le plus évident de conversion de l'épargne en grosses sommes d'argent. L'épargne est accumulée aujourd'hui pour être utilisée demain. C'est pour beaucoup le moyen le plus apprécié car la somme constituée n'est pas " grevée " et peut être utilisée librement. Le problème est que la plupart des pauvres ont des difficultés à trouver un endroit sûr pour épargner.

    • L'épargne a posteriori : c'est le système inverse. La somme globale est utilisée - donc empruntée - aujourd'hui, et les petits montants d'épargne futurs serviront à la rembourser après coup. Le crédit préalable est donc considéré comme une forme d'épargne a posteriori. La difficulté dans ce cas de figure consiste à trouver un prêteur. Le crédit est une forme d'épargne a posteriori.

    Les pauvres ont donc besoin en permanence de jongler entre ces différents types d'épargne d'où l'intérêt pour eux de se voir proposer simultanément par les IMF des services de crédit et d'épargne.

    De fait, les services de dépôts proposés par les IMF, combinant flexibilité et proximité, offrent à des clients pauvres des avantages significatifs : ils représentent une forme d'épargne sûre et liquide. Le client de l'IMF peut également épargner et emprunter auprès de la même institution, ce qui réduit pour lui le « coût de transaction ».

    …mais une offre parfois limitée
    Aujourd'hui encore, de nombreuses IMF n'ont que peu ou pas développé de produits d'épargne volontaires, pour des raisons variées : contexte défavorable (inflation, zones rurales de population dispersées, confiance limitée de la population après un historique de faillites d'intermédiaires financiers), réglementation contraignante (lorsque par exemple, seul un agrément sous forme de mutuelle permet de lever l'épargne). Lorsque des produits d'épargne sont proposés, ils sont souvent très peu diversifiés.

    Une opportunité pour les IMF…
    Le déploiement de services d'épargne est aussi une opportunité importante pour les institutions de microfinance :

    • La mise en place de services d'épargne adaptés aux besoins des clients, dans un contexte concurrentiel, est un enjeu réel pour l'IMF. Via un nouveau produit d'épargne, l'IMF peut aussi espérer toucher une clientèle cible différente.

    • La mobilisation de l'épargne accroît la fidélisation des clients dans la mesure où elle établit un climat de confiance réciproque.

    • Lorsque la demande des clients s'oriente vers des crédits à plus long terme (ex crédit d'équipement, crédit habitat), il est nécessaire pour l'IMF de sécuriser des ressources à moyen terme ; mobiliser l'épargne longue est un atout également en ce sens.

    • L'épargne est une source de financement interne et pérenne, qui rend l'IMF moins dépendante de financements externes, notamment de ressources limitées dans le temps (subventions des bailleurs de fonds).

    • L'épargne peut constituer une source de financement en monnaie locale à des taux compétitifs. Le rôle de l'épargne comme source de financement est particulièrement valorisé dans un secteur où le manque de ressource en devises locales est souvent l'un des principaux freins au développement des IMF. Des institutions coopératives africaines financent depuis leur création leur croissance presque exclusivement grâce à l'épargne collectée auprès de leur membre.

    …et des contraintes !
    Pour une IMF, se lancer dans la mise en place d'un service d'épargne volontaire présente des risques et inconvénients :

    • Collecter l'épargne peut contraindre l'IMF à demander un agrément spécifique ; dans tous les cas, la réglementation précise souvent les conditions dans lesquelles l'IMF a ou non le droit de lever l'épargne, et les conditions prudentielles qu'elle doit respecter.

    • La sécurité de l'épargne est pour le client un élément essentiel ; les IMF qui réussissent à lever durablement l'épargne ont un « capital confiance » auprès de leurs clients. Assurer cette sécurité suppose d'investir dans les infrastructures de dépôts (coffres, guichets, etc…), mais aussi renforcer / adapter son SIG et son système de contrôle interne.

    • L'IMF doit donc être consciente de la nécessité d'assurer la sécurité des fonds collectés : c'est un engagement fort, vis à vis de sa clientèle. En particulier, elle devra s'imposer des critères prudents d'utilisation de l'épargne, comme par exemple ne pas mobiliser l'épargne à vue pour accorder des crédits.

    • Les études montrent que la proximité et la grande souplesse du service sont des facteurs incitatifs déterminants pour les clients potentiels (en revanche la plupart des clients de ces services ne considèrent pas le taux de rémunération de l'épargne comme un facteur déterminant .). Or pour l'IMF, notamment en milieu rural, offrir un service d'épargne de proximité, avec de fréquents retraits et dépôts, représente potentiellement un coût important. Tout dépend évidemment de la politique de tarification des produits d'épargne, retenue par l'IMF. Dans des contextes favorables à l'épargne, même des clients pauvres ont l'habitude de payer pour avoir accès à l'épargne. Néanmoins, des taux de rémunération attractifs peuvent être nécessaires pour lever l'épargne, notamment dans des environnements concurrentiels. Le coût total du produit d'épargne doit donc être évalué correctement, en additionnant taux de rémunération, et coût de collecte et de gestion.

    Pour comprendre

    Epargne volontaire : de quoi parle-t-on ?

    On distingue en général épargne obligatoire et épargne volontaire (ou " libre"), deux produits que les IMF combinent souvent.

    • On parle d'épargne obligatoire lorsque l'IMF oblige ses clients ou membres à épargner sur une base régulière et systématique (elle en fait par exemple une condition d'accès au crédit). Cette épargne est souvent bloquée sur un compte.

    • Par opposition, pour l'épargne volontaire, l'épargnant est libre de déposer ou non son argent, et de réaliser des retraits, dans la limite du produit proposé (voir plus loin la distinction entre dépôts à vue et dépôts à terme, à titre d'exemple).

    Du point de vue d'une IMF, l'instabilité de l'épargne volontaire constitue souvent un facteur limitant du développement de services financiers car elle peut difficilement transformer cette ressource instable en crédits pour ses clients. A contrario, l'épargne obligatoire et bloquée représente une ressource stable et intéressante pour elle. Souvent aussi, cette épargne obligatoire est utilisée comme garantie des prêts, c'est-à-dire que les clients ne peuvent pas retirer leur épargne obligatoire tant qu'ils n'ont pas remboursé leurs prêts.

    Du point de vue des déposants, ce type d'épargne est contraignant et les intéresse généralement peu. Ils recherchent avant tout à épargner sur une base volontaire. C'est pour concilier les intérêts divergents entre l'IMF et les épargnants que les IMF combinent parfois les deux types de produits.

    La diversification des produits de l'IMF concerne en général le développement de produits d'épargne volontaire, qui peuvent répondre à des besoins variés, et sont donc susceptibles d'attirer ou fidéliser les clients des IMF.

    La diversité des produits d'épargne volontaire

    Comme dans le cas du crédit, les besoins en services d'épargne des clients sont variés. Pour être attractive, une IMF peut développer des produits d'épargne différents, correspondants à des clients cibles et des besoins divers :

    • Le compte courant ou dépôt à vue (DAV)

      Le dépôt à vue est le compte d'épargne le plus liquide. Flexible, il ne rapporte que peu ou pas d'intérêt, demande un montant d'ouverture bas, et donne habituellement accès à des services de paiement (chèques, cartes de crédit).

      Les comptes à vue peuvent s'avérer difficiles à gérer et très coûteux : les opérations de dépôts et de retrait peuvent être très fréquentes, pour des sommes très faibles. D'autre part, leur liquidité en fait des ressources difficiles à réutiliser pour financer l'octroi de crédit. Beaucoup de réglementations en vigueur limitent ou interdisent le « recyclage » de l'épargne à vue.

      Rarement rémunérés, les DAV peuvent même être payants pour les clients, dans des contextes favorables à l'épargne (Afrique de l'Ouest).

      Une variante du compte courant est le compte d'épargne, très répandu auprès des IMF, qui impose des limites aux clients : nombre limité de retrait de dépôts dans l'année ou le mois, même si le montant d'ouverture reste en général très bas. Dans beaucoup de cas, le taux d'intérêt augmente proportionnellement au solde du compte. Dans d'autres cas, le compte n'est pas rémunéré en dessous d'un montant minimum.

      Exemple : la BRI (Indonésie) propose un compte courant pour les clients ayant besoin d'un service très liquide. Un intérêt faible est calculé et payé chaque mois sur les comptes dont le solde dépasse un montant minimum. Chaque semestre, les épargnants peuvent participer gratuitement à une loterie ; le nombre de coupons de loterie obtenu est proportionnel au montant épargné.

      Source : DDC

    • Le dépôt à terme (DAT)

      Le principe du DAT est que l'épargne versée est bloquée pendant une durée déterminée (de quelques semaines à plusieurs années). En général, il est possible de retirer l'épargne avant le terme en cas d'urgence, mais en perdant tout ou partie de l'intérêt accumulé.

      Ces comptes sont souvent assez bien rémunérés, en général en fonction de la durée du dépôt. Le montant minimum est relativement élevé pour l'ouverture du compte.

      Ce type de produit présente l'avantage, pour l'IMF, de pouvoir planifier la gestion de la liquidité des dépôts et de représenter une assiette de financement pour les crédits. Le dépôt à terme est privilégié par les clients aisés, qui veulent épargner pour le long terme. Toutefois, même les clients pauvres peuvent apprécier les produits d'épargne de ce type, qui leur permettent de soustraire une partie de leurs économies aux contingences et pressions quotidiennes.

      Exemple : ASA (Bangladesh) propose un compte d'épargne long terme contractuel sur 5 ans, avec une contribution mensuelle fixe. Au bout de cinq ans, les clients reçoivent leur épargne avec un intérêt composé (9%/an). S'ils n'effectuent pas les dépôts mensuels à temps, ils payent des frais ; après cinq dépôts non effectués, le compte est clôturé et une partie de l'intérêt perdu.

      Source : DDC


    • Vers des produits d'épargne de plus en plus diversifiés

      Beaucoup d'IMF ont innové et créé des produits d'épargne très divers, pour mieux s'adapter à des segments de clientèles distincts (jeunes, personnes âgées, associations…) et à des besoins spécifiques d'épargne (éducation, pèlerinage, logement…).

      En outre, les IMF s'inspirent souvent de formes d'épargne traditionnelles locales, comme les tontines, pour adapter leurs produits.

      Enfin, les nouvelles technologies de l'information ont permis de réduire le coût des prestations dans des zones rurales reculées (voir plus loin, l'exemple de PRODEM FFP en Bolivie). Pour les IMF qui ont développé des produits de transferts d'argent pour les migrants (Voir partie sur les services de transferts d'argent de ce dossier), des produits d'épargne long terme (plan épargne logement, éducation, etc) sont souvent développés pour capter l'épargne des migrants, et pouvoir in fine proposer également des produits de crédits à plus long terme.

      Trois exemples de produits d'épargne spécifiques répandus :

      • Epargne éducation : Il s'agit de compte d'épargne, assez répandus, permettant de payer les frais scolaires. Certains sont périodiques (couvrent les frais d'école pour les classes primaires et secondaires une ou deux fois par an), d'autres à plus long terme (accumulation de montants forfaitaires pour investir in fine dans des études plus coûteuses, études universitaires par exemple).

        Exemple : Le compte « dépôt à terme plus » de la Banque Rurale de Talisayan aux Philippines prévoit des versements réguliers par tranches pour payer les frais scolaires. Les clients de ce service peuvent participer à une loterie et faire un emprunt à la hauteur de leur épargne pour des urgences.

        Source : DDC

      • Epargne logement : pour permettre l'achat d'un logement, une IMF peut proposer une épargne régulière de petites sommes sur une longue durée. L'épargne accumulée peut permettre d'acquérir le logement, ou dans d'autres cas d'accéder à un prêt complémentaire, pour cet achat.

      • Epargne investissement : Plan d'épargne qui combine une épargne d'un montant défini au préalable, avec un prêt ou un crédit-bail permettant aux clients d'accéder à des biens productifs (charrue, machine à coudre, etc).

      Sans souci d'exhaustivité, on peut citer également : l'épargne retraite, funérailles ou mariage ; l'épargne pour les soins médicaux, ou l'épargne pour les urgences (compte d'épargne contractuel permettant de débloquer un crédit en cas d'urgence).

      Risques / recommandations

    • Le contexte économique et légal de la mobilisation de l'épargne

      Pour offrir des garanties de sécurisation des fonds, la mobilisation de l'épargne ne peut être réalisée que dans des conditions adaptées :

      • La stabilité macroéconomique et politique du pays est essentielle pour la confiance de la clientèle. Dans un contexte de forte inflation, les épargnants privilégient l'épargne en nature, dont la valeur réelle sera maintenue ; la collecte d'épargne monétaire sera moins adaptée. Les IMF ne doivent pas promouvoir l'épargne dans un tel contexte. Celles qui mobilisent déjà de l'épargne peuvent réduire les effets négatifs de l'inflation en suivant de près les indicateurs macro-économiques, et en adaptant leurs politiques d'investissements (par exemple, en plaçant leurs liquidités dans une devise forte) et de taux d'intérêt. Ainsi, durant la crise financière est asiatique de 1997, les IMF d'Indonésie se sont maintenues et ont même gagné la confiance des déposants, qui se sont retirés des banques commerciales.

      • La supervision des autorités d'un pays vise à protéger les épargnants et éviter l'effondrement du système financier. En général, les IMF ne représentent pas un poids suffisant dans le système financier d'un pays pour mettre en danger l'ensemble du secteur financier, mais l'écroulement de systèmes d'épargne (les pyramides en Albanie, la faillite de coopératives dans de nombreux pays) doit être prévenu. En théorie, les autorités devraient superviser uniquement les institutions qui collectent l'épargne volontaire ; souvent, le cadre légal et réglementaire concernant la microfinance va au-delà de cette exigence, et réglemente également les IMF proposant seulement du crédit ; il est fréquent que la collecte de l'épargne soit soumis cependant à des conditions plus strictes. L


    20/04/2007
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